Houndé Gold s’accapare des terroirs de deux villages

Une vue des partipants pendant les échanges entre caravaniers et populations localesLe passage de la Caravane ouest-africaine pour les terres, l’eau et les semences à Houndé dans l’Ouest du Burkina Fasa a été l’occasion d’échanger avec des communautés expropriées de leurs terres par une compagnie minière. Ce sont environ 20.800 hectares jusque-là exploités par 1200 ménages ruraux que l’Etat Burkinabè a concédé à Houndé Gold, dont 90% des parts sont détenues par le groupe canadien Eandvour Mining. En contrepartie, la compagnie propose une compensation financière jugée insignifiante par les paysans. Abandonnés par l’Etat, ils se trouvent dans une impasse fatale. Seydou Ouédraogo, la quarantaine, est dans une angoisse permanente depuis plus d’un an. Le champ que sa famille exploite depuis 30 ans est devenu officiellement la propriété de la compagnie minière Houndé Gold. Cette société a signé avec le gouvernement un contrat d’exploitation sur 12 ans à partir de 2015. La superficie concernée est estimée à 8 kilomètres carrés et s’étend sur deux villages : Birou et Koho.

Birou a perdu ¾ de son terroir tandis que Koho abandonne le tiers de sa superficie à la compagnie. Houndé Gold est un consortium composé du canadien Eandvour Mining et de l’Etat Burkinabè. La société minière espère produire au moins 8 tonnes d’or avant la fin de sa concession. La partie canadienne gardera 90% des recettes. Les 10% restants iront à l’Etat.

Les communautés des deux villages sont les grandes perdantes de cet arrangement. Leur survie a été sacrifiée par le gouvernement sur l’autel de ses propres intérêts. Composés essentiellement d’agriculteurs et d’éleveurs, les villageois doivent du jour au lendemain se défaire de leurs modes de vie. Les communautés dépossédées ne savent pas où aller. Il n’existe plus d’espaces dans la région. La situation semble sans issu. « Nous sommes des agriculteurs et des éleveurs. Nous prendre notre terre revient à nous condamner à la mort. Nous ne pouvons même plus faire de l’orpaillage car c’est Houndé Gold qui possède tout », explique Seydou Ouédraogo.

En compensation, Houndé Gold dédommagera les paysans à hauteur de 375.000F CFA par hectare perdu et par an pendant cinq ans. Les producteurs jugent, cependant cette somme largement insuffisante à ce qu’ils gagnent actuellement. « Avec un hectare d’oignons, je fais un bénéfice de 1.000.000 F CFA en seulement 4 mois », avance Kani Loara, un producteur. L’organisation démocratique de la jeunesse, ODJ, une ONG a essayé d’appuyer les communautés à négocier des montants à la hauteur des pertes. Sans succès !

« Quand nous avons rencontrés Houndé Gold pour nous plaindre des compensations, raconte Brahima Diabaté de l’ODJ, la compagnie nous a fait savoir que leur taux était déjà au-dessus des normes nationales fixées à 350.000f CFA l’hectare ». L’entreprise justifiera la majoration comme preuve de bonne foi et comme acte d’humanité. Cet « élan du cœur » n’émeut pas du tout les communautés. Beaucoup quitteront pour toujours le village et d’autres se convertiront dans les petits métiers. Mais tous se préparer à de durs lendemains.

Nourou-Dhine Salouka

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