Burkina Faso : La biotechnologie agricole pour contrer le déficit céréalier ?

L’histoire de la sédentarisation de l’homme est liée à celle des céréales qu’il a appris à domestiquer, cultiver et sélectionner au fil du temps. Toutefois, leur production reste très dépendante des conditions climatiques, en particulier de la pluie, mais aussi de la présence ou non des ravageurs.

Au Burkina Faso, le climat est caractérisé par une irrégularité des pluies dans le temps et dans l’espace ainsi que par une tendance vers plus d’aridité et donc un impact accru des périodes sèches. Ces périodes sont considérées comme l’une des principales contraintes affectant les grandes cultures.

Compte tenu de l’irrégularité de la production et des rendements céréaliers, la stabilité des productions céréalières constitue actuellement une priorité de la stratégie burkinabè d’amélioration des céréales. Cette stabilité pourrait être obtenue par la biotechnologie agricole moderne.

Production céréalière au Burkina Faso

Les produits céréaliers sont les principales sources d’alimentation humaine et animale au Burkina Faso. Le sorgho occupe la première place dans la production nationale et il est suivi de près par le maïs. Le mil et le riz, quant à eux, occupent respectivement les 3èmeset 4èmesplaces largement après. La 5èmeplace est réservée au fonio avec une moyenne de production annuelle inférieur à 15 000 tonnes.

Tableau 1

Figure 1: Moyenne de la production céréalière au Burkina Faso ces cinq dernières années

Au regard des superficies occupées et de son poids dans la sécurité alimentaire du pays, le secteur céréalier demeure un des plus importants du secteur de la production agricole du Burkina. Les terres ensemencées en céréales ces cinq dernières années sont en moyenne de 3,8 million d’hectares répartis en 1,6 millions d’hectares de sorgho, 1,2 millions d’hectares de mil, 870 000 hectares de maïs, 150 000 hectares de riz et 16 000 hectares de fonio.

La production des céréales au Burkina Faso varie en fonction des saisons. Cette variation est due principalement aux alternances climatiques, en particulier la pluviosité ; mais aussi aux attaques des ravageurs. Les cinq dernières années, la production maximale a été obtenue au cours de la campagne de 2013/14. Les valeurs plus faibles ont été enregistrées en 2015/16.

Tableau 2

Figure 2: Production céréalière au Burkina Faso ces cinq dernières années

Une céréaliculture en proie à de nombreuses contraintes

Plusieurs contraintes liées à la fois aux êtres vivants (chenilles légionnaires, oiseaux granivores, sauterelles…) et au milieu (sol, climat…) affectent la production céréalière du pays. Ainsi, la sécheresse est considérée comme le facteur le plus important limitant la production des céréales.

C’est pourquoi, après les efforts des autorités pour réduire les effets de la mauvaise saison des pluies en 2011/12, la production céréalière a atteint 4,8 millions de tonnes en 2012/13 puis en 2013/14 avant de progressivement chuté à 4 millions de tonnes la campagne dernière.

En effet, ladite campagne a été marquée par une saison pluvieuse plus courte que d’habitude et entrecoupée de périodes de sécheresse, mais aussi par une invasion de chenilles légionnaires et d’oiseaux granivores. Conséquence, le pays enregistre un déficit céréalier estimé à 477 000 tonnes et environ 3,2 millions de personnes sont en situation de crise alimentaire.

En réponse à cette crise, le gouvernement a lancé le Plan de réponse et de soutien aux personnes vulnérables à l’insécurité alimentaire et à la nutrition. Avec un budget de 81 milliards de nos francs, ce plan ambitionne améliorer l’accessibilité des ménages vulnérables aux denrées alimentaires, protéger leurs moyens d’existence et faciliter l’accès des producteurs aux intrants et équipements agricoles pour accroitre la production céréalière de saison sèche. Et pour sa mise en œuvre, les regards sont tournés vers les partenaires techniques et financiers.

A côté, la biotechnologie agricole, surtout la recherche de variétés adaptées à la sécheresse et aux attaques des ravageurs, capables de donner un rendement élevé devrait être un des objectifs pour booster la production céréalière au Burkina.

La biotechnologie agricole, une réponse pour éviter tout déficit céréalier ?       

« A chaque fois que l’homme utilise un être vivant, par injection ou par interaction, pour changer une matière première en une matière secondaire qui a plus de valeur, le produit qui en sort est un produit de biotechnologie »explique le Dr Edgar Traoré dans un langage accessible au commun des mortels. Les exemples les plus courantes de pratiques biotechnologiques traditionnelles sont la fermentation du dolo, la fabrication du soumbala ou encore l’obtention du caillé du lait.

Avec l’émergence du génie génétique, les chercheurs sont parvenus à « transférer un gène qu’on ne peut pas trouver de façon naturelle entre croisement d’un organisme vivant différent dans notre nouvel organisme pour un seul rôle ou deux au maximum » précise Dr Traoré.

Dans le domaine agricole, l’on a recours aux biotechnologies modernes pour remédier aux problèmes qui surviennent dans tous les domaines de la production et de la transformation des produits agricoles. C’est donc dire que la biotechnologie agricole est une bel et bien une réponse pour endiguer tout déficit céréalier au Burkina Faso. Comment cela est-il possible ?

Dans le contexte du Burkina, le déficit céréalier est d’abord le fruit d’une saison pluvieuse courte marquée par des périodes de sécheresse. Puisque les campagnes agricoles sont de plus en plus courtes que prévue, « la recherche a développé des variétés récoltables en deux mois. Cela est possible grâce aux marqueurs moléculaires (méthodologie de la biotechnologie moderne ndlr) qui permettent de regarder dans l’ADN des graines, de détecter la zone qui contribue à la durée du cycle et de raccourcir le temps de sélection variétale » à en croire Dr Traoré.

S’il est aujourd’hui possible de développer des variétés à maturation rapide, Il y a également« des gênes qui contribuent à résister à la sécheresse de façon directe ou indirecte. Indirectement, ces gênes concourent à une meilleure implantation des racines dans le sol jusqu’à 20 à 30 ; ce qui permet à la plante de résister à la sécheresse jusqu’à la prochaine pluie. Il y a aussi des gênes qui permettent de maintenir le vert de la plante en période de sécheresse. C’est le vert qui permet à la plante de capter l’énergie du soleil pour produire les éléments nutritifs à la fois pour la plante et pour l’homme » explique toujours le généticien. A titre d’exemple, la Tanzanie a dû utilisée la biotechnologie moderne pour développer un maïs hybride tolérant à la sécheresse après avoir connu deux longues années de sécheresse.

La seconde cause du déficit céréalier est l’attaque des chenilles légionnaires. En ce qui concerne ces ravageurs, les solutions chimiques ne sont pas sans danger dû au fait de l’accumulation des éléments nocifs par la plante. Pourtant, « la biotechnologie peut contrôler un problème d’envergure comme la chenille légionnaire » confie le Dr Traoré.

En effet, depuis plus de vingt ans, la biotechnologie moderne propose la technologie Bt en utilisant la bactérie Bacillus thuringiensispour ses propriétés insecticides. En clair, c’est le transfert de la protéine Bacillus thuringiensisvers les semences pour les doter d’un système de défense contre les chenilles légionnaires et limiter du même coup l’usage des pesticides. C’est de cette technologie qu’est née le coton et le niébé Bt qui sont sujet à polémique au Burkina.

Les domaines d’interventions de la biotechnologie agricole modernes sont vastes et contribuent tous à accroitre la productivité agricole pour le bien-être des agriculteurs pauvres. Accroitre la productivité, c’est éviter tout déficit céréalier et garantir une sécurité alimentaire voire même une autosuffisance.

Promouvoir son application au Burkina Faso pourrait se relever être un atout pour les 80% de paysans burkinabè qui font face d’années en années aux effets du changement climatique et à l’attaque des ravageurs. Pour y arriver, Edgar Traoré préconise un engagement du gouvernement. « Il faut que le gouvernement s’entoure de techniciens capables de leur expliquer la puissance de ces biotechnologies » conseille affirme-t-il.

A l’endroit des activistes anti OGM, le Dr Traoré rassure que toute biotechnologie n’est pas forcément OGM et qu’en dehors du coton Bt et du niébé Bt qui est en expérimentation, il n’y en a pas eu d’OGM au Burkina. Outre cette précision, conscient du fait que science sans conscience n’est que ruine de l’âme, le Burkina Faso a établi une agence nationale de biosécurité qui assure une régulation efficiente et transparente de la biotechnologie.

Dieudonné Edouard Sango

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